AÉROSPATIALE ET INDUSTRIE 4.0 LE NÉCESSAIRE VIRAGE NUMÉRIQUE


De tout temps, l’industrie aérospatiale québécoise a fait sa marque par son inventivité, son audace et ses capacités hors normes à répondre, voire anticiper les besoins des clients. Ce trait de caractère de nos entreprises, pourrait-on dire, est déterminant pour que notre chaîne d’approvisionnement demeure parmi les plus performantes au monde.

Dans une industrie aussi cyclique et concurrentielle que l’aérospatiale, les changements s’effectuent à une vitesse exceptionnelle et la capacité d’adaptation de chaque entreprise, maîtres d’œuvre comme PME, doit être tout aussi rapide. Tout un défi!

Aujourd’hui, la transformation numérique qu’implique l’avènement des technologies dites « de rupture » dicte une nouvelle donne. La révolution du 4.0 se caractérise entre autres par l’automatisation, la numérisation, l’Internet des objets, l’analytique des données, la réalité virtuelle augmentée et l’intelligence artificielle. De nos jours axé davantage sur la transition de l’usine traditionnelle à l’usine du futur, le virage technologique s’étendra éventuellement à toutes les fonctions de l’entreprise : de la conception d’un aéronef au service à la clientèle, en passant par les ventes, les finances, etc. Contrairement à ce que l’on pourrait penser lorsqu’il est question de technologies aussi pointues et nouvelles, l’humain se trouve au cœur même de la réussite de cette transformation.

L’industrie 4.0 est basée sur la communication. Or, la communication entre les systèmes et les machines ne serait pas possible sans l’apport essentiel du capital humain, qu’il soit client, fournisseur, gestionnaire ou technicien. Cette quatrième révolution industrielle, comme toutes les autres avant elle, répond à un objectif : améliorer la productivité de l’entreprise en réduisant les coûts tout en améliorant la qualité et la fiabilité du produit.

Nous passons à l’ère du manufacturier innovant et, pour ce faire, les entreprises de l’aérospatiale du Québec doivent accroître leurs capacités technologiques pour être en mesure de se positionner avantageusement sur les marchés régionaux et internationaux.

Nos entreprises de l’aérospatiale sont-elles réellement prêtes à prendre ce virage?

Il ne fait pas de doute que nos entreprises québécoises sont conscientes des enjeux et des défis que cela représente, à commencer par une remise en question de leur modèle d’affaires. Toutefois, pour assurer la réussite de cette transition, les moyens mis en place doivent être à la hauteur des ambitions que l’on vise. Les gouvernements fédéral et provincial ont annoncé dans leurs récents budgets respectifs des mesures pour favoriser les investissements des entreprises en R et D, pour l’acquisition d’équipements de pointe et le développement des compétences afin que les PME bénéficient d’une plus grande capacité d’innovation technologique. Nous croyons que ces incitatifs sont un excellent pas dans la bonne direction mais beaucoup reste à faire pour maintenir l’excellente réputation dont jouit la grappe aérospatiale du Québec sur la scène mondiale.

En s’engageant dans cette révolution, les entreprises devront compter sur une main-d’œuvre dont les compétences vont évoluer. Ce changement interpelle les institutions d’enseignement secondaires, collégiales et universitaires pour s’assurer de l’adéquation entre les besoins des entreprises et le développement de compétences 4.0. La formation continue est l’une des premières avenues qui permettra d’adapter plus rapidement ces deux réalités. L’effort de transition se retrouve donc dans l’ensemble de l’écosystème qui fait la force de notre secteur.

Un certain nombre d’entreprises du Québec, que ce soit des maîtres d’œuvre ou des PME, ont déjà cerné les besoins qu’allait impliquer le virage numérique avec la vision d’une « entreprise numérique » regroupant des aspects liés à la conception, la fabrication, la chaîne d’approvisionnement, le service à la clientèle, etc. Toutefois, les PME doivent accentuer leurs efforts pour prendre ce nécessaire virage.
D’une révolution industrielle à l’autre, les changements surviennent de plus en plus rapidement et celle-ci est loin de faire exception. C’est maintenant qu’il faut passer à l’action!

Montréal est la troisième capitale mondiale de l’aérospatiale. Au Québec, cette industrie a généré en 2016 un chiffre d’affaires de près de 15 milliards de dollars et compte environ 40 000 emplois. L’aérospatiale est un moteur économique qui doit sans arrêt se renouveler.
Aujourd’hui, le défi est grand mais demain, les opportunités continueront de faire de notre industrie l’une des plus performantes au monde.

Suzanne M. Benoît
Présidente-directrice générale
Aéro Montréal